L’avenir des langues anciennes (communiqué Fabula publié le 22.03.11 dans le site Fabula)

« L’avenir du grec et du latin: il faut joindre le geste à la parole », communiqué de presse (mars 2011)
Points de vue et débats
Information publiée le mardi 22 mars 2011 par Bérenger Boulay

L’AVENIR DU LATIN ET DU GREC : IL FAUT JOINDRE LE GESTE A LA PAROLE!

A.P.F.L.A.-C.P.L., A.P.L., A.P.L.A.E.S., C.N.A.R.E.L.A., SAUVER LES LETTRES, S.E.L.

Communiqué de presse commun (mars 2011)

En décembre dernier, lorsque Jacqueline de Romilly et Claude Nicolet ont disparu, de nombreuses voix, parfois officielles, ont salué leur apport considérable à la culture classique et leur dévouement à la cause des humanités. Ce faisant, certains n’ont pas manqué de se lamenter sur le déclin des études classiques.

Heureusement d’autres ont jugé que le meilleur hommage à rendre à ces savants serait de promouvoir l’enseignement du grec et du latin.

C’est un jugement que nous partageons, et qui réclame une action urgente. Quelle est en effet la situation ?

À la rentrée 2010, plus de 500 000 élèves, soit plus d’un sur cinq, étudient le latin et/ou le grec dans les établissements secondaires, malgré toutes les embûches qui se dressent sur leur chemin. Ils pourraient être beaucoup plus nombreux, la demande familiale et sociale ne diminuant pas. Mais au nom de contraintes budgétaires masquées derrière l’autonomie des chefs d’établissement, l’institution n’ouvre pas au collège, dès la 5ème, le nombre de groupes suffisants pour accueillir tous les volontaires : concurrence d’options présentées comme incompatibles au mépris des textes officiels, ou difficultés administratives attribuées commodément à l’informatique, sont monnaie courante. Des horaires dissuasifs et aberrants achèvent de décourager les plus persévérants.

Aujourd’hui, la mise en place de la réforme du lycée à la rentrée 2010, par sa complexité et son opacité, cause encore une évaporation subreptice d’élèves qui souhaitaient suivre ces enseignements, et la rage d’économies qui préside à la préparation de la rentrée 2011 fait des ravages : tous les prétextes, variant d’une académie à l’autre, sont invoqués pour supprimer des sections. Déjà, et selon les chiffres du ministère lui-même, les lycées ont enregistré une baisse de 3 000 élèves latinistes et hellénistes entre les rentrées 2009 et 2010, alors qu’une augmentation de 8 000 élèves avait été constatée entre 2005 et 2009. Ce tarissement artificiel, provoqué par la réforme, sert maintenant d’argument spécieux pour de nouvelles fermetures.

Or, l’importance fondamentale du latin et du grec pour la maîtrise de la langue française, l’acquisition des langues qui en découlent, la formation du sens historique et l’acquisition d’une culture humaniste et commune, toutes quatre inséparables de l’étude précise de ces langues de culture, est largement reconnue.

Connaissant la valeur et la diversité des compétences mises en oeuvre dans un exercice de version latine ou grecque, même les plus grandes Écoles de commerce et de management proposent une option de langue ancienne à l’écrit et/ou à l’oral.

Nous appelons donc le Ministère de l’Éducation Nationale à prendre tout d’abord des mesures pour préserver la rentrée de 2011 :

– donner aux établissements, par des compléments de dotations horaires, les moyens de maintenir ou d’ouvrir des sections de latin et de grec ;

– faire respecter, au collège et au lycée, les textes officiels qui fixent l’enseignement et les horaires du grec et du latin et en font des disciplines à part entière sanctionnées par des épreuves à l’écrit et à l’oral au baccalauréat ;

– ne pas laisser supplanter l’enseignement de ces langues de culture, qui ne peuvent s’apprendre en dehors de l’école, par des « dispositifs » locaux qui ne font pas partie des textes officiels et nationaux fixant les contenus d’enseignement dans le premier et le second cycle.

Dans un second temps, nous appelons le Ministère à reconsidérer la réforme de la classe de seconde qui, en son état actuel, provoque une grave érosion des effectifs de latinistes et d’hellénistes et fragilise en même temps toutes les filières de l’enseignement supérieur où figurent les langues anciennes.

La qualité de la formation des élèves et l’égalité des chances sont tributaires de la volonté politique. Les associations soussignées demandent que le droit de tous les élèves, et notamment de ceux qui n’ont que l’école pour réussir, à une formation linguistique, culturelle et humaniste exigeante et féconde passant par l’apprentissage des langues de base que sont le latin et le grec, soit respecté et promu.

A.P.F.L.A.-C.P.L. (Association des Professeurs de Français et de Langues Anciennes de Classes Préparatoires Littéraires)

A.P.L. (Association des Professeurs de Lettres)

A.P.L.A.E.S. (Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur)

C.N.A.R.E.L.A. (Coordination Nationale des Associations Régionales des Enseignants de Langues Anciennes)

SAUVER LES LETTRES

S.E.L. (Sauvegarde des Enseignements Littéraires)

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